Le manque d’audace de la télé québécoise [article invité]

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Les créateurs télévisuels québécois manquent-ils de financement ou de vision?

Récemment, le Parti Québécois proposait une idée pour venir en aide aux artistes québécois qui souffrent financièrement. L’idée étant d’abord d’appliquer la TVQ sur tout ce qui est  » streaming  » et de redistribuer ces revenus aux artistes. Ensuite, de forcer les Netflix, Spotify et autres de ce monde à afficher sur leur page d’accueil, au Québec, une majorité de contenus québécois.

Tout de suite, en lisant ça j’ai pensé à Marie Lamontagne. Oui je parle bien du personnage principal de la série à succès Unité 9 que tout le monde connaît. Pour ceux qui suivent la série, à la fin de la dernière saison, on laissait le personnage incarné par Guylaine Tremblay gagnante de 2432 prix du public consécutifs, pour morte dans les dernières images de cet épisode et le seul mot qui m’est venu à la bouche c’est « Bullshit ».

Ma blonde m’a jeté un regard interrogateur, elle qui était pourtant en pleine émotion de choc. Je lui ai simplement répondu qu’il n’y avait aucune, mais AUCUNE chance que Marie Lamontagne soit morte. Pourquoi? Pas parce que la scène n’était pas crédible, ou mal interprétée, ou mal filmée ou mal écrite, non. C’était bien exécuté et efficace dans cette formule.

C’est impossible que Marie Lamontagne soit morte parce qu’on n’en a pas les couilles (ou les ovaires, c’est selon).

Dans les dernières années, il faut bien se le dire, deux des plus grandes séries télévisuelles sur la planète sont des succès geeks soit Game of Thrones et Walking Dead. Bien sûr ce sont deux super productions américaines, mais je crois surtout que ce qui fait le succès de ces séries, c’est qu’aucun personnage n’est à l’abri. Tout le monde peut crever à tout moment. Ça tient le public sur le bout de son siège à chaque scène. C’est imprévisible, c’est excitant. On est bien loin de l’époque où seuls les gilets rouges incarnés par des acteurs de troisième ordre avaient une mort assurée dans un épisode de Star Trek.

Mais au Québec? On osera jamais tuer Guylaine Tremblay voyons! C’est la chouchou des Matantes du Québec, une abonnée du Gala Artis! Il arriverait quoi au côté d’écoutes d’Unité 9 vous pensez, 3 épisodes après l’enterrement de Marie Lamontagne?

Et pour moi, la vraie crise artistique québécoise est là. Le public n’en veut pas des séries québécoises qui prennent des risques, qui osent, qui bousculent. La dernière série qui a tenté l’expérience, c’est Série Noire et on était douze à la regarder. Alors on nous revend les mêmes séries remâchées saison après saison. Sérieusement, la faites-vous la différence entre Yamaska, Ô pis toutes les autres dramatiques fades de TVA vous? C’est toute la même chose, interprétée par les mêmes 25 acteurs qu’on voit tout le temps.

Donc quand le Québécois moyen tombe en ligne sur sa plateforme digitale de choix, et qu’il a accès à du contenu provenant de tous les pays du monde, pourquoi écouterait-il la même affaire encore et encore?

On peut prendre aussi un exemple à plus petit budget. Sur Tou.TV ils diffusent la série Les Bracelets rouges, une série espagnole qui raconte la vie de jeunes enfants et ados malades, dont certains sont mourants, dans un hôpital pour enfants. C’est drôle, c’est touchant, c’est original. Jamais on n’aurait pris un tel risque ici. Les enfants malades on veut les voir au téléthon, leur garrocher notre carte de crédit par la gueule une fois par année et passer à autre chose.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, avant de me soutirer plus d’argent pour appuyer l’art québécois, j’aimerais que leurs artisans démontrent qu’il en ferait autre chose que du réchauffé avant. Question de voir s’ils en sont capables.

Sébastien Jean
Sébastien Jean est un geek de longue date. Travaillant en informatique depuis plus de 13 ans, il patauge constamment en territoire virtuel tant pour le boulot que le plaisir. Gamer depuis toujours, peu importe la plateforme mais aussi un fan de Magic, de jeux de société et de bandes dessinées.

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